Agir sur les finances locales pour un impact mondial : retour sur les temps forts de la 3ème Conférence de la Coalition de Malaga

21.12.2023

Face aux défis mondiaux tels que le changement climatique, l’urbanisation, la migration et la rareté des ressources, une transformation de l’architecture financière internationale s’avère urgente. Avec plus de la moitié de la population mondiale résidant dans des zones urbaines, les gouvernements locaux et régionaux jouent un rôle décisif dans l’amélioration de la qualité de vie à travers des investissements durables et à fort impact. Leur parcours vers la résilience financière, soutenu par des partenariats solides, a été largement mis en lumière lors de la 3ème Conférence de la Coalition de Malaga pour les finances municipales, en amont du Sommet de l’avenir et de la 4ème Conférence internationale sur le financement du développement.

 

 

Depuis sa création, la Coalition de Malaga et a réalisé des avancées significatives en rassemblant une diversité d’acteurs. Lors de la première conférence de Malaga en 2018, les obstacles d’accès au financement pour les gouvernements locaux et régionaux ont été identifiés, mettant en évidence la nécessité d’un changement structurel. La deuxième Conférence de Malaga en 2019 a donné lieu à la mise en place d’un instrument novateur, visant à fournir des financements par la prise de participation aux projets menés par des gouvernements locaux et régionaux dans les pays en développement : le Fonds international d’investissement municipal (IMIF) et son service d’assistance technique (IMIF-TAF). En 2021 et 2022, deux réunions préparatoires de la Coalition (l’une dédiée aux gouvernements locaux et à leurs associations, l’autre impliquant les gouvernements nationaux et les partenaires au développement) ont permis d’ajuster les approches en tenant compte des effets de la pandémie sur les finances municipales.

 

Cette Conférence internationale, intitulée « Accélérer les progrès vers un écosystème financier adapté aux gouvernements locaux et régionaux », a été accueillie par l’Ayuntamiento de Málaga en Espagne les 5 et 6 octobre 2023. Organisée en collaboration par CGLU et le Fonds d’équipement des Nations unies (FENU), avec le soutien du Fonds mondial pour le développement des villes (FMDV), cet événement a rassemblé des représentants des gouvernements locaux et régionaux, des décideurs nationaux, ainsi que des partenaires financiers et des acteurs du développement, tous engagés dans la redéfinition d’un système de financement local plus inclusif et durable, condition essentielle pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD).

 

La conférence a permis des discussions dynamiques, marquées par de fortes contributions. M. Francisco de la Torre, maire de Málaga, a accueilli chaleureusement les participants, mettant en avant l’impératif de relever les défis mondiaux et de s’aligner sur les ODD, plus particulièrement pour réussir les transitions écologiques et sociales en réponse aux crises. Mme Emilia Saiz, Secrétaire générale de CGLU, a quant à elle souligné l’importance stratégique des gouvernements locaux et régionaux dans la réalisation des ODD, insistant sur la nécessité d’un changement culturel dans le financement du développement. Elle a rappelé qu’il faut dépasser les modes de financement traditionnels ; les nouvelles approches devant promouvoir des économies axées sur le soin et l’égalité, reflétant ainsi une vision holistique du développement durable et du bien-être.

 

Au cours de la Conférence, M. David Jackson, Directeur de la Finance Locale Transformatrice au FENU, a mis en lumière les finances des gouvernements locaux et régionaux en tant qu’unités économiques fondamentales. Les cinq piliers de l’agenda politique de la Coalition offrent la possibilité de concevoir des solutions ciblées, des approches innovantes, ainsi que des mécanismes et des instruments adaptés aux gouvernements locaux et régionaux. M. Carlos de Freitas, Directeur exécutif du FMDV, a quant à lui rappelé les étapes et réussites passées de la Coalition tout en soulignant l’importance d’impliquer les banques de développement dans des partenariats à l’échelle mondiale.

 

Parmi les thèmes phares de la Conférence, on retrouve la question de l’autonomisation des communautés locales et le renforcement de la résilience financière des gouvernements locaux pour des investissements transformateurs partant du terrain. En impliquant activement les citoyens et citoyennes, en promouvant la participation des femmes et en encourageant l’engagement communautaire, les gouvernements locaux peuvent s’assurer que les initiatives de développement soient orientées par la communauté et s’inscrivent dans la durée. Lors de la Session spéciale sur le financement de la culture, des services publics inclusifs et sensibles au genre, la maire de Banjul, Mme Rohey Malick Lowe, a affirmé que « Si nous donnons du pouvoir aux femmes, nous réparons le monde ».

 

Au cœur des échanges portant sur la transparence financière, figurait l’Observatoire mondial sur les finances et l’investissement des collectivités territoriales (SNG-WOFI). Porté par CGLU et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le SNG-WOFI constitue actuellement la plus vaste base de données sur les finances et la gouvernance des collectivités territoriales avec 135 pays couverts lors de la dernière édition. Mme Isabelle Chatry, Chef de l’Unité décentralisation, finances infranationales et infrastructure à l’OCDE, a présenté les principales conclusions de la 3ème édition du SNG-WOFI, qui peuvent servir d’appui à l’élaboration de politiques publiques en faveur d’une décentralisation efficace et de réformes fiscales. M. Kader Makhlouf, Conseiller Spécial du Secrétaire Général de CGLU, a donné à voir la nature collaborative du projet SNG-WOFI et son impact significatif sur divers acteurs, y compris les agences de développement et les institutions de recherche. Le SNG-WOFI est un outil informatif, de dialogue et de renforcement des capacités, qui promeut la transparence, la responsabilité et la bonne gouvernance, contribuant directement au renforcement de la démocratie locale et encourageant l’innovation financière.

 

L’agenda politique de la Coalition de Malaga se présente comme une voie concrète pour revoir l’écosystème financier, en s’appuyant sur les éléments suivants : 1) les transferts financiers intergouvernementaux ; 2) les revenus propres ; 3) les marchés de capitaux nationaux ; 4) les fonds d’investissement orientés vers les villes ; et 5) les fonds de garantie destinés aux villes. Les gouvernements locaux et régionaux devraient être dotés des moyens financiers et techniques nécessaires pour exploiter pleinement leur potentiel dans la prestation de services publics et le développement d’infrastructures durables. La participation citoyenne dans les décisions financières, le soutien aux femmes, et la promotion de la participation communautaire ont également été soulignés comme des priorités, en plus des questions de numérisation et de la durabilité à long terme des fonds d’investissement pour les villes.

 

Dans le prolongement de l’adoption du Pacte pour l’avenir de l’humanité, CGLU propose d’aller au-delà des initiatives actuelles pour redéfinir collectivement la nature de la finance à travers des modèles innovants et de réexaminer le système économique à l’échelle mondiale. Les gouvernements locaux et régionaux, ainsi que leurs partenaires, doivent tous ajuster leur approche et leurs objectifs en matière de finance pour réduire les inégalités et préserver les biens communs. La Conférence internationale de la Coalition de Malaga a représenté une avancée significative, établissant des alliances solides pour améliorer les finances locales et mettre en lumière des progrès et des innovations dans le financement des gouvernements locaux et régionaux.